Le patrimoine de la Grande guerre (2)

Le journal satirique Le Rire paraît sous sa forme première en 1894

Dès sa création, la fine fleur des illustrateurs français s’y épanche sur l’actualité du temps, sur un ton volontiers moqueur, bien sûr. Mais on y trouve alors aussi des dessins plus légers, voire bon-enfant. Raison pour laquelle bien des bibliothèques publiques contractèrent un abonnement, dont celle de Saint-Brieuc, bien sûr, qui depuis conserve le titre sous la cote 365.

C’est que le ton allait changer dans la première décennie du 20ème siècle, rythmé par les incessantes crises politiques de la IIIe République (affaire Dreyfus, séparation de l’Église et de l’État, corruption…) et sur fond de tensions internationales et de montée des nationalismes.

A l’orée du premier conflit mondial, le terreau offert aux illustrateurs est particulièrement riche. Au Rire, on ne fait alors plus trop dans la dentelle… L’inanité et la corruption d’une partie des élites y est fustigée sans états d’âme, dans un déferlement qui emporte aussi bien les industriels (cibles adorées des caricaturistes, où pointent parfois des relents d’antisémitisme) mais aussi les plus pauvres (vagabonds, mendiants) et les « ruraux », coupables d’adhésion aveugle aux décisions des plus puissants.

Censure oblige (loi du 4 août 1914), l’entrée en guerre de la France oriente de force ou par défaut le regard des illustrateurs vers « l’ennemi », le journal étant désormais titré Le Rire rouge. D’un point de vue contemporain, le bon goût est souvent discutable (voyez le très fin « chameau à deux Boches » de février 1915…). La violence et la crudité des images laisse parfois pantois le lecteur contemporain. La mise en scène des violences faites aux enfants, en particulier (violences attestées mais aussi parfois inventées) ne trouvera plus vraiment d’équivalent dans le siècle à venir. Au passage, les « nantis » de l’arrière sont dès 1915 et avant Verdun fustigés sans vergogne, dessinant déjà en creux la figure héroïque du poilu.

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Le Rire a été en partie numérisé (1894-1903) par la Cité Internationale de la bande dessinée et de l’Image, qui propose en outre de nombreuses ressources sur 14-18, ici.

A noter également sur ces sujets l’excellent site de l’EIRIS (Equipe Interdisciplinaire de Recherche sur l’Image satirique), basée à l’Université de Bretagne Occidentale de Brest, ou encore le site personnel de Guillaume Doizy intitulé Caricatures&Caricature.

Arnaud.

> (re)lire notre article Le patrimoine de la Grande guerre (1)

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