La BD au musée

Suite à notre article sur l’Art dans la BD, parlons aujourd’hui de la BD au musée ou plutôt des auteurs de BD au musée.

Catalogue-BD-RevolutionIl ne s’agit pas ici d’évoquer la place de la bande dessinée dans les musées : les belles expositions abondent (et nul besoin d’aller jusqu’à Paris pour en voir de prestigieuses, si vous n’avez pas encore vu l’expo Métal hurlant/A Suivre, cela vaut vraiment le déplacement jusqu’à Landerneau, avant qu’elle ne parte pour Angoulême), les planches originales s’accrochent aux murs et rejoignent les collections privées et publiques (au même titre que les manuscrits d’écrivains : à la BNF, au CIBDI et dans quelques bibliothèques municipales, malgré les prix qui s’envolent), bref, la BD est un Art, c’est entendu, d’ailleurs elle a intégré la collection L’Art et les Grandes Civilisations des éditions Citadelles et Mazenod, tout un symbole

Je voulais plutôt parler de ce phénomène éditorial inauguré par le Musée du Louvre en partenariat avec les éditions Futuropolis, suivi récemment par le Centre Pompidou et le Musée d’Orsay : les musées ouvrent leurs portes aux auteurs de bande dessinée qui en retour revisitent ces établissements et leurs collections dans leurs planches, offrant un regard d’artiste, contemporain, sur des œuvres passées. C’est un peu ce que la bibliothèque de Saint-Brieuc initie ce mois-ci avec la résidence de l’Atelier du Bourg

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La réussite de ces livres co-édités par ces institutions et des éditeurs BD traditionnels est telle que – contrairement à beaucoup de livres « de commande »‘ – ils intègrent parfaitement les bibliographies de leurs auteurs respectifs.

Les premiers auteurs à avoir inauguré la collection du Louvre, Nicolas de Crecy et Marc Antoine Mathieu, manifestement très inspirés, ont signé là parmi leurs meilleurs livres et placé la barre très haut :

Avec Période glacière, Nicolas de Crecy nous offrait une petite merveille de comédie SF ! Des archéologues du futur, aidés d’un chien mutant doté d’un flair historiologique et doué pour les langues, parcourent l’Europe enfouie sous les glaciers, et tombent sur le Louvre, émergeant à la faveur d’une fonte inopinée. A travers les collections du musée, ils pensent découvrir les us, coutumes et mœurs légères (toutes ces représentations de corps dénudés !) d’une civilisation oubliée qui n’avait sans doute pas inventé l’écriture, et s’imaginent même pouvoir retracer son histoire en remettant les peintures dans l’ordre, telles des cases de bande dessinée…

planche_periode_glaciaire

Dans Les Sous sols du Révolu, Eudes le volumeur et son assistant Léonard, chargés de prendre les mesures du plus grand musée du monde, nous entrainent dans les profondeurs et les dédales du musée du Révolu. Sur leurs pas nous visitons ses coulisses méconnus du grand public où l’on s’affaire à préparer, réparer, entreposer, classer…  et apprenons ses secrets les mieux gardés (entre autres, pourquoi le sourire de la Joconde nous semble si insaisissable !). Mais pas sûr qu’une vie suffise pour mener à terme leur mission, d’ailleurs peut-on mesurer le Voulu démesuré ? Un album labyrinthique où Marc Antoine Mathieu multiplie les fausses pistes, les mises en abîmes, les clins d’œil et les anagrammes et joue, comme à son habitude (voir notre article sur son dernier album), avec les codes de la bande dessinée. Un chef d’œuvre d’intelligence !
soussolsplanche26Les auteurs suivants n’ont pas démérité pour autant, toute la collection consacrée au Louvre est intéressante (hormis Les fantômes du Louvre d’Enki Bilal qui personnellement m’est tombé des mains). Ainsi grâce à Eric Liberge, on sait maintenant que le cœur des œuvres vibre Aux heures impaires ;  dans Le ciel au dessus du Louvre, Bernar Yslaire et Jean-Claude Carrière reviennent aux origines muséales du Louvre avec la figure de David, peintre officiel de la Révolution  ;  dans Un enchantement, Christian Durieux nous rend complice de la fugue de deux êtres qui trouvent refuge chez Watteau ;  dans La traversée du Louvre, nous suivons les pas de David Prudhomme et nous nous amusons avec lui des attitudes du public face aux œuvres ; récemment, avec sa comédie Le chien qui louche, Etienne Davodeau questionne la place des peintres du dimanche à côté des chefs d’œuvres et, par extension, celle des arts populaires et de la bande dessinée au musée…

joconde en photo

Toujours co-édité par Futuropolis, Moderne Olympia, inaugure de belle manière une collection dédiée au musée d’Orsay. Olympia, jeune modèle qui fit scandale avec le tableau éponyme de Manet, n’entend pas être celui d’une seule œuvre. Elle prend donc des cours de théâtre et court (nue !) les castings des superproductions picturales. Hélas, les premiers rôles sont toujours pour cette pimbêche de Vénus ! Une joyeuse comédie où Catherine Meurisse imagine les tableaux célèbres du musée comme autant de plateaux de cinéma, de la toile à la toile

Olympia 2

Le Centre Pompidou a proposé à Edmond Baudoin de faire la biographie de Dali en bande dessinée à l’occasion de l’exposition rétrospective qui lui était consacrée. Un choix qui peut paraître surprenant tellement leurs univers et personnalités sont éloignés. D’ailleurs, Baudoin confie ne pas vraiment apprécier le peintre mais avoir appris à l’aimer en travaillant à cette biographie.

Dans Dali, co-édité avec les éditions Dupuis, il ne se contente pas de nous raconter la vie de l’artiste, se mettant lui-même parfois en scène, il instaure un dialogue avec son œuvre dont il nous propose des réinterprétations graphiques.

baudoin-dali-gala1

Ce phénomène éditorial n’est pas limité aux établissements parisiens : un premier album consacré au musée du Louvre de Lens est sorti et les musées des Beaux Arts de Caen puis de Lyon ont invité Christian Binet à commenter sous forme de dessins dix tableaux de leurs collections respectives. Dans Un jour au musée avec les Bidochon (Fluide Glacial), il présente 20 tableaux qu’il aime (de Bonnard, de Degas, de Picasso, de Soulages…) et nous gratifie des commentaires décalés des époux Bidochon.

Bidochon au musée

Mesdames, ne désespérez pas de trainer votre mari récalcitrant au musée, Raymonde Bidochon y est bien parvenue !

Eric L.

P.S : et Robert en est sorti visiblement transformé :Bidochon au musée 2

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5 Responses to La BD au musée

  1. superbe boulot que ce merveilleux article… je conseille fortement Modern Olympia contre Le chien qui louche, même si je suis du 49… par contre, vous en avez oublié une géniale il me semble (;-)) c’est La grande Odalisque de Vivès

    • Eric L. dit :

      Bonjour Anne et merci ! Oui La grande Odalisque de Ruppert, Mulot et Vivès, très bon album ayant aussi pour cadre le Louvre… Et même si – contrairement aux autres – il ne s’agissait pas d’une commande du musée, c’est quand même dommage de ne pas le citer !

  2. […] part entière dans la bande dessinée (voir notre thématique sur L’art dans la BD : ici et là). En voici une récente, passionnée et passionnante, originale dans le fond comme dans la forme […]

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